Samedi 5 novembre 2011
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Il était une fois, un œuf. Dodu et légèrement rosé, rond et lisse, du moins comme peut l’être un œuf. Il était là, dans un endroit franchement pas confortable, dur, froid et
puant, où des humains l’avaient laissé. Mais il n’était pas seul, d’ailleurs il n’avait aucune idée de combien ils pouvaient bien être tellement ils étaient nombreux ! Et puis un jour, l’œuf
entra en mouvement : il remua un peu, se fissura, commença à se séparer en petits morceaux jusqu’à n’être plus qu’une coquille vide. L’œuf ainsi devenu une banale coquille, nous allons maintenant
nous pencher sur le sort de la chose jaunâtre qui en est sortie : un poussin. Hé oui ! De l’œuf sort un poussin ! N’est-ce pas merveilleux ?
Le poussin encore tout gluant se cognait à ses congénères qui eux aussi étaient sortis de leurs œufs. Ils étaient tellement serrés qu’ils se marchaient dessus et s’écrasaient
entres eux. Le poussin qui se trouvait à côté de lui piaillait « Hé Timy ! » dans ses oreilles, c’était très agaçant !
« - Hé ça t’arrive de m’écouter quand je te parle ?! »
Notre cher poussin venait de se prendre un coup de bec sur le tête. C’était le poussin piailleur.
« - Quoi ? C’est moi que tu appelles Timy ?
- Bah oui ! Qui d’autre ?
- … Depuis quand j’ai un nom ?
- Heu… Depuis maintenant, ça te va bien Timy je trouve !
- Si tu le dis… Qu’est-ce que je fais ici ? On m’avait promis des champs verdoyants, des petits ruisseaux, des graines à picorer, des …
- Alors là je t’arrête tout de suite parce que t’es pas près de les voir tes champs verdoyants !
- Ah bon ?
- T’es un poussin d’industrie mon poulet ! Enfin vu que t’es un mâle tu n’as pas une grande utilité alors soit tu vas mourir maintenant soit ils vont te laisser grandir pour te manger après.
- Qui ça ? Mais pourquoi ?
- Bah les Hommes ! Qui d’autre ? Et puis je t’ai déjà dit pourquoi : car tu es un mâle donc tu ne ponds pas d’œufs !
- Oh… Et comment je sais si je vais pouvoir grandir ou pas ?
- C’est simple : si tu es encore en vie demain c’est qu’ils te laisseront grandir ! Mais pour ça il faut avoir de la chance. »
Tout à coup, Timy et ses compagnons furent attrapés à pleine main un à un puis jetés dans une des deux caisses : une pour les femelles et une pour les mâles. Timy et son ami s’écrasèrent
violemment dans celle des mâles. Puis après avoir été assommés à plusieurs reprises par d’autres poussins mâles lancés ici, après avoir tenté de s’échapper désespérément et après avoir été à
moitié broyés par les mains brutales des humains, les deux poussins se résignèrent à rester là. Leur caisse fut trainée vers une machine de laquelle provenait un vacarme inimaginable et le copain
de Timy déclara :
« Ah, mauvaise pioche ! »
À peine notre cher Timy eu-t-il compris la signification de ces mots qu’une nouvelle main énorme piocha quelques poussins au hasard dans la caisse : l’un était tenu par l’aile, l’autre par la
patte, un autre par la tête, un quatrième était coincé tout entier au creux de la main, … Ils furent jetés dans le trou béant que présentait la machine et Timy reçu une goutte de liquide chaud et
rouge sur son duvet jaune. La main le prit à son tour et brisa une de ses minuscules ailes sans même s’en rendre compte. Il tomba dans le trou et fut déchiqueté, broyé, anéanti… Les humains
n’avaient plus à s’inquiéter de savoir ce qu’ils feraient de ces poussins inutiles maintenant, alors tout allait pour le mieux.
Mais notre histoire ne peut pas s’arrêter ainsi alors nous allons faire un tour dans la caisse des femelles ! Qu’en dites-vous ? Penchons-nous un peu sur Cléo. Sa caisse avait
été transportée sur un tapis roulant à travers ce lieu immense et froid. Mais la pauvre avait terriblement mal : on leur avait coupé le bout du bec à elle et ses congénères ! L’une d’entre elles
lui avait dit que c’était pour que, plus tard, elles ne se dévorent pas les unes les autres. Si c’est comme ça, c’était donc un mal pour un bien : ils sont sympas ces humains ! Ils font attention
à elles ! Elles subirent ensuite quelques autres expériences désagréables : une douche « vaccinante », un drôle de bijou à la patte, …
Un jour, enfin plus précisément 18 semaines après leur arrivée là, Cléo et les jeunes poulettes furent embarquées dans un énorme camion, et ce avec une délicatesse inexistante
bien entendu. On les jeta dans des cages trop petites et Cléo sentit alors un sol grillagé sous ses pattes fragiles. Tout à coup, les lumières s’éteignirent… Puis se rallumèrent quelques heures
plus tard… Avant de s’éteindre à nouveau, pour mieux se rallumer. Pendant ce temps, la nourriture et l’eau arrivait jusqu’à Cléo et ses amies grâce à des mécanismes étranges. Et ce cycle se
répétait sans fin, rythmé par les œufs pondus par les poules… pondeuses justement ! Depuis qu’elle était là c’est ainsi qu’on appelait Cléo, elle avait vite compris pourquoi : l’objectif était
d’obtenir des œufs, des œufs et encore des œufs. Par ailleurs, elle n’avait aucune idée de ce que devenaient ses œufs mais son principal soucis était avant tout de survivre. Heureusement que les
humains leur avaient coupé le bec car sinon elle aurait été dévorée par une de ses nombreuses colocataires ! Il y en avait une qui était particulièrement hystérique, en fait elle l’était devenue
lorsqu’elle s’était rendue compte que le sol était plus mou. Vous allez me dire : « Mais tant mieux ! Elles auront moins mal aux pattes ces poulettes ! ». Mais le sol n’était mou que
grâce au cadavre d’une autre, qui elle, n’avait pas survécu aux conditions de vie plutôt difficiles.
Et puis un an après le début de cette « vie », Cléo et les autres survivantes quittèrent enfin leurs cages, affaiblies, épuisées, détruites aussi bien physiquement
que mentalement. Elles se retrouvèrent à nouveau dans un énorme camion. Quel malheur que de vivre ainsi ! Les champs verdoyants étaient bien loin ! Dès leur arrivée, on les bouscula tant que les
pattes si fragiles de Cléo se tordirent jusqu’à se casser. Elle fut pendue par les pattes à des crochets. Au moins, même si ce n’était pas très confortable, ça lui évitait de marcher, ils
pensaient à tout ces humains ! C’était bien gentil de leur part ! Les crochets se mirent à bouger et suivirent une trajectoire bien précise. Puis Cléo arriva au dessus d’un petit bassin puant
d’une drôle de couleur. Tout à coup, elle plongea la tête la première, et lorsque le crochet remonta, Cléo n’était plus de ce monde. Sa dépouille continua son chemin : on lui arracha les plumes,
on lui trancha la gorge, on lui ouvrit le ventre, … Pour finalement l’emballer dans un plastique étiqueté. Ce joli paquet se trouva rapidement dans un gros camion et enfin, dans les rayons frais
et humides d’un Supermarché. Mince… Maintenant que Cléo a été mangée, cuite au four avec quelques herbes, du beurre et des patates, il va être difficile de vous raconter sa vie… Et si on allait
voir les œufs de Cléo ? Oui ! Allons voir ses mignons poussins !
Chers lecteurs, je suis vraiment navrée, mais je ne vais pas pouvoir vous conter l’histoire de l’un des poussins de Cléo… Après avoir suivi les derniers œufs de notre chère
amie la poule, il s’est avéré que ces derniers se trouvaient en réalité à quelques rayons de la dépouille de Cléo...
Si l'histoire de Timy, Cléo, ses oeufs et leurs amis t'a touché, n'hésite pas à lire Comment sauver Timy, Cléo, et ses Oeufs ? et même si cette histoire ne t'a pas touché,
passe y jeter un oeil !